1598 : Édit de Nantes, 2015 : Dandy De Nantes...

Vous êtes ici : Accueil » Vestiaire » Leçon de style »

Leçon de style N°8 :
Trouver chaussure à son pied

Leçon de style N°8 : Trouver chaussure à son pied

La chaussure est autant une passion masculine que féminine. C’est une chance. Féminine car le mythe de Cendrillon demeure puissamment ancré dans les esprits. Masculine car la légende des bottes de sept lieux pousse à vouloir aller toujours plus loin, plus haut, plus vite, plus fort. On comprend alors qu’il devient crucial pour tout un chacun, espérant sa chacune, de trouver chaussure à son pied pour accomplir de grandes choses dans la vie. Suivre les contes et être heureux, suivre les comptes et se désespérer.

Une chaussure, c’est vivant ; on lui fait souvent du mal, le moindre mal est donc de lui vouloir du bien.

Au préalable, il faut rappeler ce point aussi essentiel qu’évident : une chaussure sert d’abord à marcher. Au risque d’attrister déjà les plus grands calcéophiles, une chaussure est vouée à subir les effets de son usage, du temps (au double sens), d’un manque passager d’attention comme on peut négligemment laisser flétrir une plante, d’une dégradation involontaire opérée par un trottoir qu’on aura manqué ou un passager de transport collectif qui l’aura ruinée sous sa valise ou ses propres chaussures. Une chaussure, c’est vivant ; on lui fait souvent du mal, le moindre mal est donc de lui vouloir du bien.

Des choix cornéliens se posent au Dandy à chaque fois qu’il franchit le seuil d’une boutique : modèle richelieu ou derby ? Lacets, mocassins, bottines ? Montage Goodyear ou Blake ? Couleur de la patine ? Forme sobre, couture fleurie, surpiqûre ? Bout pointu ou arrondi ? En vérité, soyons honnête, il ne pense pas à toutes ces questions – cent fois débattues et analysées sur les forums de passionnés d’art pédestre – au moment d’opérer son achat. Il fonctionne comme tout être humain au coup de cœur, à la séduction d’un modèle, qui va emporter un peu plus dans le ravin le niveau de son compte courant. S’il veut être déraisonnable, ses yeux se tourneront du côté du talentueux Marc Guyot ou du plus classique Fratelli Rossetti, voire Corthay ou Aubercy les jours de dividendes. S’il veut rester dans les limites du raisonnable, et surtout les limites géographiques de Nantes, il préférera opter pour Loding ou Finsbury et dénicher de temps à autre dans certains commerces ultra-lumineux d’énergiques Bobbies.

Affaire de goût personnel, et en cela hautement respectable, le choix d’une paire de souliers n’échappe cependant pas à une ou deux recommandations impératives du Dandy pour leur usage.

Petit 1 / Si les antibiotiques ne sont pas automatiques, les embauchoirs s’avèrent obligatoires. En bois de cèdre rouge, ils emportent clairement l’adhésion du Dandy mais quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, de l’armoire de son grand-paternel ou d’une triste valise dans un vide-grenier, ils sont absolument élémentaires aux souliers comme Watson l’est à Holmes.

Petit 2 / Pour éviter toute chausse-trape, il faut utiliser un chausse-pied. Sans quoi, le drame est proche. Un soir qu’il fait la noce chez des amis, à l’aise au point de retirer sa paire de Caulaincourt (en illustration de l’article), le Dandy se trouve fort dépourvu au moment de remercier ses hôtes, constatant l’absence de tout chausse-pied dans la maison. Une cuillère à soupe n’y changera rien ; c’est en chaussettes, les chaussures dans un sac à provisions, que le Dandy quitte les lieux sur un vélo inconfortable destiné à lui éviter l’humiliation publique... Depuis cet épisode dans le quartier Zola, le Dandy lance un « J’accuse... » pour l’équipement de tous les foyers Nantais en chausse-pied.

Petit 3 / Les patins ne se pratiquent pas qu’à Petit Port, ils mènent à bon port. Poser des patins à ses chaussures doit faire partie des premiers réflexes d’un Dandy comme celui de s’apprêter à l’issue de sa douche vespérale. Le seuil de tolérance veut bien admettre cette tendance compulsive à vouloir essayer de suite et sans plus attendre son nouvel achat pour parader place des Volontaires-de-la-Défense-Passive. Mais ensuite, direction la cordonnerie la plus proche de chez soi pour préserver ses semelles dont personne ne devra dire : de quoi elles se mêlent ? Elles fleurent le bitume comme une plume.

Nec plus ultra du dandysme pour traverser d’est en ouest l’île de Nantes : une paire de souliers sur-mesure. Faut-il pour cela aller à Paris, Londres, Milan ou Dakar ? Point du tout. Il suffit de prendre rendez-vous, un vendredi après-midi, à la boutique Mira avec Gérald Thibaud, artisan bottier à Challans, qui fera le déplacement pour vous. Modèle, matière, forme, tout est confectionné à la demande. Le temps de travail se compte moins en heures qu’en journées. Pour cette raison, c’est évidemment un budget (à partir de 2.000 euros la paire) mais le tricolore (au double sens), surtout en tri-matière, ça met une claque comme du trichloréthylène sur un trimaran. C’est plus magique que le système. Plus canardesque qu’un Donald, plus éléphantesque qu’une Trump. Partant de là, c’est tout vu ; pliez les chaises et fermez le ban. Le grand art est à vos pieds. Et le monde aussi.

NB : Un bon cordonnier à Nantes ? Le Dandy vous conseille fortement : Cordonnerie Raineau, 7 Rue du Marchix, 44000 Nantes.

Aimez et partagez cet article sur les réseaux sociaux :

Le 22 février 2017