1598 : Édit de Nantes, 2015 : Dandy De Nantes...

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Leçon de style N°9 :
La plage de Monsieur Dandy

Leçon de style N°9 : La plage de Monsieur Dandy

La plage demeure volens nolens un des plus beaux endroits du monde – quand bien même le Dandy consacre plusieurs jours, voire un séjour entier, à lutter contre ces maudits grains de sable intrusifs qui constituent un véritable casus belli. Dans la mesure où personne n’a encore trouvé de modus operandi pour se rendre à la plage sans en rapporter tout ou partie dans ses affaires, le Dandy est condamné grosso modo à choisir entre deux maux : boycotter les plages ou s’y résoudre ipso facto. Quitte à en perdre son latin.

...anarchistes du Marcel avec chaînes autour du cou ou boutefeux du torse nu tatoué tribal...

La plage est rarement un endroit où le Dandy prend des leçons de style vestimentaire, c’est davantage un lieu de déploration du lâcher prise intégral. Adeptes du claquettes-chaussettes (pour lesquels une forme de sympathie existe), partisans du short de bain mouillé sur T-shirt défraîchi, anarchistes du Marcel avec chaînes autour du cou ou boutefeux du torse nu tatoué tribal, porteurs de la banane non dans le sourire mais en bandoulière. Avant même de mettre les pieds dans l’eau, la plage est la cause d’un authentique naufrage (esthétique). À l’image du formidable Monsieur Hulot à Saint-Marc-sur-Mer, le Dandy se sent aussi à son aise sur la côte qu’au volant d’un bus à impériale dans la rue des Carmes.

Tati autant que tatillon, le Dandy s’impose sous le soleil estival une ligne de conduite dont il ne dévie pas malgré les vents contraires. Tout doit obéir à une forme de bon sens balnéaire. Il fait usage d’un drap de plage, ou d’une fouta dans un souci de raffinement, dont la grandeur est propice à sa lecture annuelle des 500 fortunes professionnelles françaises dans Challenges. Ainsi, la serviette de plage reste fidèle à sa vocation historique : essuyer le corps mouillé sorti de l’eau de mer. Un point c’est tout. De même, le short de bain, devenu au fil du temps un accessoire de mode dont le prix du tissu au centimètre carré fait rougir les plus beaux homards, se porte nécessairement court et serré comme le café du matin. Sur le remblai, le Dandy joue volontiers la simplicité là où toutes les excentricités lui font de l’ombre : mocassins en veau velours, bermuda à revers et polo à manches courtes 2 boutons fermés.

Au milieu d’enfants qui lancent pêle-mêle ballons, seaux, raquettes, sable et cris stridents sous l’œil de parents devisant de banalités existentielles (« on vient d’acheter un T2 en loi Pinel, ça réduit franchement nos impôts »), trop heureux de laisser leur progéniture insupporter la communauté des baigneurs, le Dandy rumine quelque peu : tant de goinfres qui se gaufrent et de gaufres dont ils se goinfrent. Mais après tout : la plage est à tous. C’est là sa grande vertu et son menu vice. Et vice versa.

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Le 6 juin 2017